« 6 mai 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 1-2], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8688, page consultée le 03 mai 2026.
Bruxelles, 6 mai 1852, jeudi après-midi.
Petite Juju vit encore, mon Toto, et elle vous le prouvera QUAND VOUS VOUDREZ1. En attendant, elle fait acte de vie ici en faisant gigotera ses pattes de mouche sur son papier blanc sous prétexte de confidence et de causerie d’affaires, mais en réalité pour approcher son cœur le plus près du vôtre et pour le bonheur ineffable de faire passer sous vos yeux la trace de son âme. Mon Victor bien-aimé, me voici tout à fait guérie et rendue à les douces habitudes ; à partir d’aujourd’hui rien ne s’oppose plus à mon petit train-train d’occupations physiques et morales. Aussi je vais user de ma santé pour te copier et pour t’aimer à bride abattue. C’est le moyen d’abréger ma convalescence. Aussi je n’attends pas une minute de plus, quoique je sois encore très faible et très patraque. Je vais écrire tout à l’heure à la mère Lanvin pour lui envoyer le petit mandat de [60 F. ?] sur Guyot sur lequel je te rendrai [3 F ?], les 2 restant étant pour les impositions. Il est indispensable que ce bon parte aujourd’hui car les échéanciers de renouvellement sont pour le 9 de ce mois-ci. Je tremble pourtant que tu ne viennes pas avant l’heure de dîner. Enfin, ce ne sera pas de ta faute dans tous les cas, puisque tu n’étais pas averti. Mon cher bien aimé, ne me fais pas le bonheur trop court, tâche de venir le plus tôt possible car j’ai le cœur bien affamé de toi depuis ce long jeûne de dix jours où je t’ai à peine vu à travers la fièvre et la maladie. Je t’attends avec toute ma joie, tout mon plaisir et tout mon bonheur pour te faire fête.
Juliette
1 Le 19 avril, Hugo ayant employé maladroitement l’expression « Quand tu voudras » pour faire à Juliette une promesse de gascon, Juliette reprend cette formule plusieurs fois ironiquement dans cette période.
a « gigotter ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
